Au Bon Zinc · Guide

6 vrais cafés de comptoir à Strasbourg

Septembre 2026 · 6 adresses vérifiables · De 1544 à aujourd'hui

Vous cherchez un vrai café de comptoir à Strasbourg, pas une winstub à carte de festivals, pas un bar à bières de la Grand'Rue, mais un troquet authentique où l'on pose son coude sur le comptoir en regardant les habitués arriver ? Ici, le zinc parisien se fait rare : à Strasbourg, le comptoir s'appelle bierstub ou winstub, et il se raconte en Stammtisch et en verres qui glissent sur la tablée. Ce guide recense six adresses réelles, documentées dans la presse locale et les sources vérifiables.

Note de méthode. Chaque établissement listé ici est vérifié par au moins deux sources indépendantes : la série « Histoire de troquet » du média strasbourgeois Pokaa, réalisée avec les bénévoles d'Archi-Wiki, la presse locale (DNA, actu.fr), les offices de tourisme ou le site officiel de chaque maison. Quand un détail nous a semblé incertain (une adresse d'annuaire contradictoire, une date contestée), nous le disons plutôt que de l'inventer. Les adresses ont été croisées avec les cartes en ligne. Si vous constatez une fermeture ou une imprécision, écrivez-nous.
N° 1

Bierstub Le Schluch, 3 rue de l'Outre

3 rue de l'Outre, 67000 Strasbourg · À deux pas de la place Kléber · Ouvert du lundi au samedi, 10 h à 4 h du matin

Le 3 décembre 1960, Marie Enrici quitte le bar des Trois Mousquetaires et ouvre un bar à bières en plein centre, dans ce qui reste de l'immense restaurant de la Marne alors en fermeture : il n'en subsiste qu'une arrière-salle. La brasserie alsacienne Adelshoffen lui en accorde la gérance, et le nom vient de la Schluchgass, le nom dialectal de la rue de l'Outre. Sa chevelure lui vaut un surnom que la maison raconte encore : « la Rita Hayworth de Strasbourg ».

Depuis, trois générations se sont succédé derrière le même comptoir : son fils Clément reprend en 1976, Annie arrive comme serveuse en 1981 (leur fils Frédéric naît en 1982 et rejoint l'équipe vingt ans plus tard), et Mme Enrici prend sa retraite en 1987. Le détail que ce site préfère figure dans la chronologie de la maison : en 1995, le bar du fond est détruit et un nouveau comptoir est installé au milieu de la pièce principale. Un comptoir qu'on déplace au centre de la salle, c'est toute l'idée du lieu. Une précision honnête : certains annuaires indiquent « 18 rue des Tonneliers », c'est une confusion d'annuaire, l'adresse donnée par le site de la maison est bien 3 rue de l'Outre.

La rue de l'Outre à Strasbourg, où se trouve la Bierstub Le Schluch depuis 1960
La rue de l'Outre, la Schluchgass qui a donné son nom au bistrot. Photo : Txllxt TxllxT, Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0.

N° 2

Snack Michel, 20 avenue de la Marseillaise

20 avenue de la Marseillaise, 67000 Strasbourg · Neustadt · Ouvert dès 6 h 30

Le café tient un immeuble de quatre étages construit en 1902-1903 par l'architecte Ferdinand Kalweit, façade néo-baroque en pierre de taille et grandes vitrines. En 1962, un certain Michel Spehner y installe son débit de boissons. Six ans plus tard, Monique et Raymond Vonesch reprennent le commerce et gardent le prénom « Michel », pour une raison très comptoir : il est déjà affiché en grand sur la façade. En 1975, les propriétaires poussent les murs et réunissent les n° 18 et 20 pour créer l'espace actuel.

Le journal strasbourgeois Pokaa, qui a retracé l'histoire du lieu avec les recherches d'Archi-Wiki, décrit quatre salles, des banquettes en moleskine, et une population bien réelle : « les étudiant(e)s du coin viennent réviser leurs cours, les personnes âgées observent le pas des serveurs, les touristes s'installent timidement, les habitués parlent fort comme à la maison ». Son verdict : « dans son jus, à la fois rétro et attachant, le Snack Michel est une institution », avec des tarifs « vraiment pas déconnants, loin des grands chemins touristiques ». Ouvert dès 6 h 30, c'est l'une des dernières adresses de la Neustadt qui vit à l'heure du comptoir du matin.

L’avenue de la Marseillaise, où se trouve Snack Michel
L’avenue de la Marseillaise, où se trouve Snack Michel. Photo : Txllxt TxllxT, Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0.

N° 3

Café Brant, 11 place de l'Université

11 place de l'Université, 67000 Strasbourg · Face au Palais universitaire

Nommé d'après l'humaniste Sébastien Brant, l'auteur de « La Nef des fous », le Brant occupe le rez-de-chaussée d'un immeuble néo-Renaissance finalisé en 1897 par les frères architectes Eduard et Andreas Ess. Le lieu enchaîne ensuite les vies qui font les grands cafés : restaurant « Zur Universität » dès 1898, garage automobile en 1921, salon de thé « Mon Plaisir » en 1932, pub anglais sous enseignes Guinness et Kronenbourg en 1970, avant que l'enseigne « Café brasserie Brant » n'apparaisse en 1988.

Lors de la rénovation achevée en 2014, les décors et les colonnes centrales en fonte ont été préservés, ce qui vaut au café d'être cité parmi le patrimoine protégé de la ville (nous ne tranchons pas du niveau exact de protection, la source n'est pas assez précise). L'office de tourisme y voit « une véritable institution strasbourgeoise », et Pokaa décrit un esprit café viennois « qu'on retrouve davantage à Paris ou à Vienne qu'à Strasbourg », enclavé dans un quartier sans bar-resto : « le Café Brant détonne et semble faire de la résistance ». Pour rester crédibles plutôt que promotionnels, nous rapportons aussi les commentaires des lecteurs de Pokaa, qui dénoncent un service et une carte en baisse. Le décor, lui, ne se discute pas.

La façade du Café Brant, 11 place de l'Université, Strasbourg
La façade du Café Brant, face au Palais universitaire. Photo : Tangopaso, Wikimedia Commons, domaine public.

N° 4

Café Broglie, 1 rue du Dôme

1 rue du Dôme, angle place Broglie, 67000 Strasbourg · Ouvert dès 7 h, 7 j/7

L'angle de la place Broglie et de la rue du Dôme fait café depuis le XVIIIe siècle : des bistrots nommés Café de la Comédie-Française puis Café de l'Égalité s'y succèdent dès 1781. Le bâtiment est détruit pendant les bombardements de la guerre franco-allemande de 1870 (près de 200 000 obus tirés sur Strasbourg), puis reconstruit en 1873 en style néo-classique : l'immeuble du Crédit foncier d'Alsace et de Lorraine, qui porte encore ce nom aujourd'hui.

Le Café Broglie actuel y est installé depuis plusieurs décennies (une précision : nous ne datons pas exactement l'arrivée de l'enseigne, des témoins rapportent qu'une boutique pour bébés occupait encore les lieux au début des années 90). Ce qui est sûr, c'est son rôle de comptoir du matin : ouvert à 7 h, sept jours sur sept, il reçoit « les passants, les curieux, les touristes, les travailleurs et les matinaux qui viennent prendre un café aux aurores ». Anne-Françoise Auberger, bénévole d'Archi-Wiki, le résume : « le Café Broglie est une frontière. Il fait la jonction entre l'hyper-centre et la Neustadt… Il est à la fois un bistrot pour touristes et pour habitués, et les tenues des serveurs lui donnent un style très parisien. »

La place Broglie, vue depuis la rue de la Comédie, où se trouve le Café Broglie
La place Broglie, vue depuis la rue de la Comédie, où se trouve le Café Broglie. Photo : Ji-Elle, Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0.

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N° 5

Zuem Strissel, 5 place de la Grande Boucherie

5 place de la Grande Boucherie, 67000 Strasbourg · Grande Île · Ouvert 7 j/7, midi et soir

C'est la plus ancienne maison de bouche de Strasbourg, attestée dès le XIVe siècle (les dates de fondation circulent, 1320, 1361 ou 1395 selon les sources, nous ne tranchons pas). Née « Zum dem Witterer », « Au Bélier », comme le montrent les têtes de béliers sculptées sur la façade, elle se tient près de l'ancienne Douane, lieu médiéval de déchargement des marchandises : le Strissel fut le lieu de réunions et de transactions des marchands. Détruite par un incendie en 1564 et reconstruite par Jean Kolb, la maison brasse sa bière sur place avant de devenir « À l'Autruche » en 1732. Depuis 1920, trois générations de la famille Schrodi la tiennent.

La façade à têtes de béliers sculptées de la winstub Zuem Strissel, place de la Grande Boucherie, Strasbourg
La façade du Zuem Strissel et ses têtes de béliers sculptées. Photo : Ji-Elle, Wikimedia Commons, CC BY-SA 3.0.

La winstub, à l'origine, permettait aux producteurs de vin d'écouler leur surplus en servant à boire chez eux, le vin au pichet. Au rez-de-chaussée, 80 places ; au premier étage, deux salles dont la salle des corporations, avec son coffre-fort en fer forgé, ses vitraux et ses statues boisées qui racontent l'histoire de la maison : un vrai petit musée, que le personnel fait visiter spontanément. Ici, on mange au coude à coude, et le nom « Strissel », le trognon de chou, rappelle les maraîchers qui fréquentaient la place.


N° 6

Aux Armes de Strasbourg, 9 place Gutenberg

9 place Gutenberg, 67000 Strasbourg · Grande Île · Ouvert tous les jours

L'immeuble date de 1544 et appartient alors à Caspar Weidner, brasseur. Au XVIe siècle, ses propriétaires y fabriquent de l'hydromel qu'ils vendent sur place : presque cinq siècles de service continu, reconstruit en 1585 et passé successivement d'« À la Guenon » au « Cerf d'Or », puis au « Stadtwappe », « Aux Armes de la Ville ». Sur l'usage du lieu au XVIIe siècle, deux traditions s'affrontent, maison close ou logement des sœurs qui allaient prier à la cathédrale : nous rapportons la double version, car les deux récits ne peuvent pas être vrais en même temps.

En 1920, un peintre strasbourgeois de la famille Wagner réalise les fresques murales (son prénom varie selon les sources, Charles ou André, nous n'avons pas pu trancher). Le critique Gilles Pudlowski a relevé ce que la maison a gardé : les fresques, les banquettes de bois, les patères en cuivre et le comptoir-desserte. À la carte, le rituel alsacien du comptoir : Riesling en pichet, Fischer tradition à la pression, presskopf maison, harengs matjes et salade de pot-au-feu.

La place Gutenberg, où se trouve Aux Armes de Strasbourg
La place Gutenberg, où se trouve Aux Armes de Strasbourg. Photo : JoachimKohler-HB, Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0.

Bierstub, winstub et Stammtisch : le comptoir version alsacienne

À Strasbourg, notre grille de lecture parisienne doit être ajustée. Ici, le café de comptoir se décline en bierstub, salle à bière où les habitués ont leur banc, et en winstub, salon à vin où l'on mange au coude à coude. L'office de tourisme raconte que les winstubs sont nées pour permettre aux producteurs de vin d'écouler leur surplus en tenant restaurant chez eux, le vin servi en pichet, et que les rutscherle, ces petits verres-gobelets, se faisaient glisser le long de la tablée, les verres à pied étant réservés aux jours de fête. La Stammtisch, cette grande table partagée, assoit côte à côte des inconnus « qui, invariablement, se salueront au moment de se quitter, comme de vieilles connaissances ».

Ce patrimoine vivant a ses pertes, et Strasbourg les compte. Le Wawa, bar emblématique de la Krutenau, a fermé définitivement en avril 2026 après treize ans d'existence ; l'Algorythme, repaire d'habitués de la rue de Zurich, a baissé le rideau en novembre 2025 ; le Local, bar à bières artisanales et petite scène de concerts, a fermé en février 2026 après dix ans ; et le Café des Anges a été partiellement fermé par arrêté municipal en janvier 2026 pour risque d'incendie. La liste ci-dessus est ce qui reste, du comptoir déplacé au centre du Schluch aux fresques de 1920 de la place Gutenberg.

Notre plus grande dette de ce guide va au média strasbourgeois Pokaa, dont la série « Histoire de troquet » documente, avec les bénévoles d'Archi-Wiki (plus de 160 000 pages nourries par plus d'une centaine de passionnés depuis 2008), l'histoire des cafés et bars de la ville. Si vous cherchez le même type d'adresses ailleurs, nous avons un guide des 12 vrais bistrots au zinc à Paris, un guide des 6 cafés de comptoir nantais, un guide des 8 bouchons lyonnais et un guide des comptoirs lillois. Et si vous voulez comprendre pourquoi ces lieux disparaissent partout en France, notre enquête sur le déclin des cafés de comptoir français donne les chiffres réels.


Questions fréquentes

Où trouver un vrai café de comptoir à Strasbourg ?

Pour un comptoir d'habitués, commencez par la Bierstub Le Schluch (3 rue de l'Outre, ouverte en 1960) et le Snack Michel (20 avenue de la Marseillaise, banquettes en moleskine, ouvert dès 6 h 30). Pour le café du matin, le Café Broglie (1 rue du Dôme, place Broglie) ouvre à 7 h. Pour le patrimoine, la winstub Zuem Strissel (5 place de la Grande Boucherie) est la plus ancienne maison de bouche de la ville, et le Café Brant (11 place de l'Université) a gardé ses colonnes en fonte.

Pourquoi parle-t-on de bierstub et de winstub à Strasbourg ?

Ce sont les deux genres locaux du comptoir. La bierstub est une salle à bière avec comptoir et habitués, comme Le Schluch. La winstub, salon à vin, est née pour écouler le surplus des producteurs, le vin servi en pichet, et se mange aujourd'hui au coude à coude, comme à Zuem Strissel. La grande table partagée s'appelle Stammtisch, et les petits verres qu'on faisait glisser sur la tablée, les rutscherle. Le zinc parisien existe peu ici : le comptoir de bois en fait office.

Quels bars emblématiques de Strasbourg ont fermé récemment ?

Le Wawa, bar emblématique de la Krutenau, a fermé définitivement en avril 2026 après treize ans d'existence. L'Algorythme (rue de Zurich) a baissé le rideau en novembre 2025, le Local (bar à bières artisanales, rue de l'Abreuvoir) a fermé en février 2026 après dix ans, et le Café des Anges a été partiellement fermé par arrêté municipal en janvier 2026 pour risque d'incendie.

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